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Revue de la pièce « Comock »

Samedi, 24 avril, 2010

Dans une mise en scène, réalisation et dramaturgie dépouillées et épurées–bien dans l’esprit des histoires orales à la mode inuite–Comock s’impose comme un drame des plus pertinents pour notre ère. Dans le contexte actuel du chaos climatique, les menaces auxquels font face entre autres l’ours polaire et les populations autochtones, cette pièce riche de symbolisme et de thèmes éternels de survie offre bien de réflexions profondes à tous, non seulement les Inuits menacés aujourd’hui par la fonte des glaciers et la perte du gibier. Les critiques de plus en plus aigues adressées contre l’idéologie de la croissance économique sans limites dans un monde de ressources limitées font de cette pièce une prise de position politique d’une certaine manière, bien qu’elle reste neutre dans son message ambivalent, multidimensionnel et universel.

La mise en scène et la performance” anorexiques” du drame correspondent bien avec le contenu du drame lui-même. La dramaturgie dépouillée, réduite aux simples contours et aux simples évocations des événements et des ambiances fertilisent l’imaginaire du spectateur devenu avant tout ”écouteur” et co-créateur, laissant ainsi beaucoup d’espace pour sa propre réflexion. Si la narration tombe par moments dans une lenteur pesante, et le manque d’action conduit vers un état au ralenti, cela ne dérange nullement l’ensemble du vécu; c’est pour mieux ressentir en quelque sorte l’ennui des longs hivers dans l’obscurité perçante,  même si les moments d’abondance du gibier et du plaisir existentiels l’interrompent de temps à autre.

Bien des nations autochtones pratiquent toujours des formes modernes d’économie du don, ce qui signifie qu’on s’occupe de tous dans un écosystème social de solidarité et de soins mutuels. Les théories du don s’avèrent appropriées également en ce qui concerne les buts et les moyens de communication des pièces dramatiques; dans l’économie capitaliste guidée par des intérêts commerciaux, on enlève aux spectateurs leur autonomie imaginaire en remplissant les récits avec des effets prêts-à-porter (tels les rires), toujours dans l’esprit et le but de les manipuler, de leur donner des messages visant à consolider les objectifs des producteurs. Loin de là, cette mise en scène évite intentionnellement cette manipulation commerciale et laisse libre cours aux spectateurs de trouver et faire les liens entre la lutte de survie des Inuits et ceux des citoyens contemporains d’autres cultures. Pour la survie, il faut de quoi allumer le feu, il faut de quoi attraper le gibier, il faut des connaissances de survie dans la nature. Les citoyens occidentaux ont sûrement beaucoup à apprendre de ce point de vue des autochtones. Ce ne sont pas des peuples victimes, quoique colonisés: ce sont également des nations de gens écologiquement avancés dont on peut apprendre des choses qui deviennent de plus en plus importantes pour la survie collective des êtres de la terre. Et cela n’équivaut nullement les mythes du sauvage noble, qui restent basés sur une idéalisation et « démonisation » combinées. Loin de là, Kamouck (Comock) est aussi l’autochtone interne qu’on porte en nous, qu’on soit issu de cultures indigènes ou autres.

Spectacle à voir, paradoxalement, les yeux fermés, les oreilles ouvertes, le coeur réceptif!

Kaarina Kailo

Docteur en littérature comparée (Toronto, Canada), spécialiste des cultures de premières nations canadiennes et Sami (l’Europe du nord). Associée du Laboratoire Multidisciplinaire des Etudes du Nord imaginaire, Université du Québec, Montréal, et de l’Université d’Oulu, Département des Etudes de l’Amérique du Nord, Etudes d’anglais.

kaarina.kailo@oulu.fi, www.kaarinakailo.net

La jeunesse en perte de vitesse

Dimanche, 7 mars, 2010

Jeux de lumières et interaction avec le public dans un décor simple mais vivant. On ne s’ennuie pas pendant le spectacle. On rigole même beaucoup, voire jaune. Car c’est le portrait d’une jeunesse déroutée que nous raconte «Stop the Tempo». La pièce se déroule dans une Roumanie des années 90, en pleine transition et plongée dans un chaos étrangement similaire au nôtre. Crise d’identité? Les comédiens la jouent à merveille. Reflet de notre société actuelle sans limite et overdose de ras-le-bol. Besoin de se trouver une place et de fuir la solitude d’un individualisme chaque fois plus envahissant. La mise en scène est un mélange de fraîcheur, de vécu et d’audace. Un franc-parler qui questionne. D’ailleurs, là est toute sa pertinence, car la pièce porte bien son nom. Stop the tempo! On en sort et  on prend finalement cinq minutes pour réfléchir à l’intransigeance de cette Roumanie qui pourrait être n’importe quel autre pays occidentalisé.

Tamara Hautlé